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Comment puis-je réussir comme auteur- compositeur à Los Angeles?

Songwriting_1_CST publié 12/10/2014

Par Chad Richardson

Il y a peu questions auxquelles je suis mieux préparé pour répondre que celle-ci. Ayant porté plusieurs chapeaux au cours de ma carrière – celui d’auteur-compositeur, d’interprète, d’éditeur, de gérant et maintenant de représentant d’une société de droits d’exécution – j’ai abordé cette question plus souvent qu’autrement.

Dans 99 pour cent des réunions de l’industrie, la personne qui est en face de vous ne se situe pas au même niveau dans son esprit qu’elle l’est pour vous. L’industrie s’attend à ce que, selon vos mérites, vous alliez toujours plus loin au cours de votre carrière. Il n’y a pas de chemin tout tracé vers le succès d’un auteur-compositeur, bien sûr, mais je crois qu’il y a des éléments qui augmentent grandement vos chances. Rien ne remplace le talent, mais le talent seul ne vous fera pas remarquer dans un océan de fichiers MP3 qui flottent dans l’éther des boîtes de courriel de l’industrie musicale.

Donc… sans ordre particulier, voici cinq petits conseils qui pourront vous aider à réussir comme auteur-compositeur à L.A.

1) Écrivez avec des auteurs publiés
C’est un élément qui peut faire une énorme différence. Dans la plupart des cas, les auteurs en quête d’un contrat d’édition ne sont pas vraiment prêts, souffrent d’un catalogue trop petit, n’ont pas d’argent à investir, sont sous-exploités, etc. Mais comment faire pour inciter un éditeur à pousser vos chansons sans avoir signé quoi que ce soit avec lui? Écrire avec ses auteurs. Je conseille de consulter d’abord la liste d’auteurs des éditeurs et de rechercher les noms que vous ne connaissez pas. N’essayez pas de viser les grands noms. Pensez plutôt aux auteurs qui sont probablement sur leur montée et qui viennent de conclure un contrat. Contactez-les personnellement, ou communiquez avec leur éditeur, et soyez bien informé. Parlez d’une chanson que l’auteur a écrite et dites pourquoi vous croyez que votre association pourrait être positive. Après avoir écrit une chanson avec un auteur publié, vous aurez acquis non seulement de la visibilité auprès de cet auteur et de son éditeur, mais ce dernier s’efforcera de pousser cette chanson pour le compte de son client, vous entraînant du même coup dans la ronde. Et si les choses tournent pour le mieux, vous en serez aussi bénéficiaire.

2) Collaborez
Avant d’être un numéro un, il faut d’abord être bon deuxième. Il y a tant d’auteurs qui écrivent leurs chansons seuls (moi y compris, et pendant des années!) ou peut-être avec un unique collaborateur. Je ne saurais trop dire pourquoi, peut-être par insécurité, hélas. Le fait de travailler avec d’autres auteurs fera de vous un meilleur auteur chaque fois. Alors, pourquoi ne le feriez-vous pas? Moins de un pour cent des chansons no 1 ont été écrites par une seule personne. Pensez-y un instant. La collaboration est un excellent moyen de se faire connaître et de se tailler une place. Chaque séance d’écriture est comme une onde sur l’eau du lac des auteurs-compositeurs. Si vous vous présentez à l’heure, vous vous montrez professionnel et vous essayez (qualités qui font toutes partie du point quatre ci-dessous), les gens le remarqueront. Croyez-moi!

3) Une baraque ou un château?
Avez-vous déjà réfléchi à l’endroit où vous aimeriez vivre? Si vous voulez devenir un auteur-compositeur professionnel, vous vivrez de toute évidence dans un baraque et, si vous avez de la chance, éventuellement dans une belle demeure. L’essentiel est que, dans un cas comme dans l’autre, vous soyez heureux. Dans le domaine artistique, j’ose croire que si seulement dix pour cent d’entre vous pouvaient faire autrement… vous le feriez. C’est le processus de sélection naturelle de l’industrie. On ne peut pas choisir cette carrière pour l’argent. Ça semble tellement élémentaire, tellement simple et même fou, mais ceux qui y croient à 100 pour cent ne considèrent pas cette affirmation comme déraisonnable mais comme une litanie ou simplement la réalité de leur vie. Quel est votre réaction?

4) C’est votre boulot, votre exercice
Chaque matin, des milliards de personnes se lèvent pour aller travailler. Écrire des chansons doit être considéré de la même façon. C’est votre boulot et vous allez au travail tous les jours, beau temps mauvais temps. Comme pour vos muscles, votre cerveau « d’auteur » a besoin de s’exercer. Vous devez vous rendre chaque jour à la salle d’écriture comme à la salle d’exercice. À Nashville, on pratique cet art à un point presque obsessif. Les auteurs les plus célèbres à Nashville ne considèrent pas leur travail plus spécial que celui de n’importe qui. Ils se lèvent le matin, font leur deux séances de travail, puis rentrent à la maison à la fin de la journée et passent le week-end avec leurs enfants. Il y a des années, lors d’une séance d’écriture à laquelle je participais, j’ai coécrit une chanson intitulée « Sans paroles » avec Julie Frost et Craig McConnell. Julie était épuisée après toute une semaine d’écriture et se sentait comme si elle n’avait plus rien à dire. Nous avons badiné en disant que c’était ça qui devait être l’inspiration de notre chanson : un couple qui n’a plus rien à se dire. C’était à la fois notre problème et notre solution. On avait un travail à faire ce jour-là, et on l’a fait.

5) Privilégiez les séances de deux jours
C’est devenu une véritable bête noire pour moi. L.A. offre une marée de séances d’une seule journée, de chansons à moitié terminées, de relations à peine entamées et d’occasions manquées. Il faut du temps pour écrire une bonne chanson et se mettre au diapason d’un nouveau collaborateur. La plupart des succès qui jouent sur les ondes des radios pop/urbaines ne sont pas nées d’une séance de huit heures. Elles sont venues avec le temps, avec la contribution de plusieurs personnes pour en faire une œuvre qui se tient. Si possible, réservez-vous systématiquement une séance de deux jours. Il ne faut pas perdre la magie qui arrive parfois avec quelqu’un lors d’une deuxième journée après avoir été bloqué le premier jour parce vous et votre collaborateur n’arriviez pas à être sur « la même longueur d’onde ». Vous risquez de manquer le plus grand succès de votre carrière.

Ces conseils ne sont que parmi les nombreux outils qui sont à votre disposition pour accroître vos chances de réussir comme auteur-compositeur. À la fin, vous devez traiter votre carrière avec le même professionnalisme et le même souci d’éducation que vous le feriez pour n’importe quel travail. Comme dit le slogan du réseau de télé NBC… « The more you know… » (Plus on en sait…)

En prime
Voici ce qu ‘il ne faut jamais dire à propos de l’écriture de chansons à un professionnel de l’industrie de la musique :

  • « Je peux écrire dans tous les styles. »
  • « J’ai écrit plus de 1 000 chansons. »
  • « Je n’écris que des succès. »
  • « J’ai une chanson numéro un que vous devriez absolument écouter. »

Pourquoi les auteurs-compositeurs canadiens sont-ils les meilleurs?

CanMusic_CST publié 12/1/2014

Par David McPherson

Un auteur-compositeur et ami a écrit : « La plupart de mes amis sont partis /  Leurs chansons, des dollars les ont remplacées ». Quand je pense aux auteurs-compositeurs canadiens, ces vers résonnent pour moi car la plupart, au contraire, n’ont pas abandonné. Bien sûr, bon nombre se sont trouvé un autre emploi (ou même deux) pour gagner de quoi vivre, mais la majorité continue d’avancer avec peine sur la route imprévisible et d’une carrière d’auteur-compositeur. Pourquoi? Comme un autre auteur m’a dit récemment : « Je ne sais rien faire d’autre. » Et la vie des Canadiens est bien plus riche grâce aux cadeaux qu’ils nous offrent par le biais de leurs paroles et de leur musique.

Nous connaissons les plus grands, tous membres de la SOCAN : Leonard Cohen, Bruce Cockburn, Luc Plamondon, Gordon Lightfoot, Serge Fiori, Joni Mitchell, Robert Charlebois, Gord Downie, Bachman & Cummings, Ian & Sylvia, Cuddy & Keelor et plus récemment, City & Colour, Tegan & Sara, Louis-Jean Cormier, Drake, Julien Mineau, Serena Ryder, Shad et deadmau5, parmi tant d’autres. Nous avons une foule de talents de la chanson dans notre pays. Plusieurs ont remporté des prix JUNO, de l’ADISQ et des prix SOCAN, certains ont été intronisés au Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens, d’autres ont été décorés de l’Ordre du Canada. Et pour chacun, il y en a des centaines de plus qui écrivent de magnifiques chansons. Rien d’étonnant que la SOCAN compte plus de 120 000 membres.

Qu’est-ce qui rend leurs chansons si belles? La fierté et la passion qu’ils mettent dans leur art. Leur habileté à nous raconter notre pays, à disséquer l’histoire de notre nation ou à démêler les éternels mystères du cœur et de l’âme canadienne. Je vois aujourd’hui de nombreux artisans de la chanson, hommes et femmes, jouer dans diverses salles de Toronto tous les soirs de la semaine, à essayer leur œuvre auprès de qui veut bien entendre. Une bonne chanson peut donner du courage dans des temps troublés, de la joie dans les moments de désespoir, faire réfléchir par ses paroles ou nous amener à chanter en cœur. On trouve une véritable quintessence d’hymnes canadiens : pensez à « Bird on the Wire » de Leonard Cohen, « Hasn’t Hit Me Yet » de Blue Rodeo, « Un Gars Ben Ordinaire » de Robert Charlebois, « Early Morning Rain » de Gordon Lightfoot, « Mon Pays » de Gilles Vigneault et « Both Sides Now » de Joni Mitchell, pour n’en nommer que quelques-uns.

C’est un cliché de dire que les auteurs-compositeurs canadiens sont en accord avec la nature à cause des grands espaces de notre pays, mais la racine de cette idée est pourtant vraie. Ces espaces, nos villes, nos durs hivers et nos été chauds façonnent notre personnalité nationale, et créent le genre de métaphores mémorables dans lesquelles tant de Canadiens se reconnaissent. Pensez à ces mots de Joni Mitchell : « Je rêve d’une rivière sur laquelle je pourrais patiner », tirés de sa chanson « River », de l’immensité du pays qu’ont dépeint Ian & Sylvia dans « Four Strong Winds », ou à la neige qui tombe dans les eaux profondes et silencieuses du Lac Ontario dans « Hasn’t Hit Me Yet » de Blue Rodeo. Qui aurait pu mieux saisir l’essence des grands froids du Nord que Stan Rogers dans « Northwest Passage »? Ou le plaisir de vivre dans une ville de manufacture canadienne mieux que Stompin’ Tom Connors dans « Sudbury Saturday Night »? Ou les vagabondages de la route au retour d’une grande ville vers son village natal mieux que les Guess Who dans « Running Back to Saskatoon »?

Les auteurs-compositeurs canadiens ne craignent pas non plus les chansons politiques et engagées. Les exemples sont innombrables. La chanson contre la guerre « Universal Soldier » de Buffy Sainte Marie, qui a été un succès pour l’auteur-compositeur et interprète britannique Donovan dans les années 60; « If I Had a Rocket Launcher » de Bruce Cockburn qui exprime toute l’impuissance de l’action politique; « Wheat Kings » de Tragically Hip qui raconte l’histoire de David Milgaard, accusé à tort d’enlèvement et de meurtre, puis libéré après avoir passé vingt ans en prison; et « Wavin’ Flag » de K’NAAN un hymne d’espoir et d’inspiration pour les peuples opprimés.

Des artistes des quatre coins du monde ont enregistré des chansons nées du talent de nos auteurs-compositeurs. Par exemple, « Hallelujah » de Cohen est l’une des chansons les plus reprises dans l’histoire, ayant été enregistrées plus de 300 fois. Les chansons de Lightfoot – qui ont remporté quinze prix Classiques de la SOCAN, parmi de nombreuses autres réalisations – ont été reprises par Elvis Presley, Barbra Streisand, Johnny Cash, Sarah McLachlan et Bob Dylan, qui considère Lightfoot comme l’un de ses auteurs-compositeurs préférés. Les chansons de nos auteurs-compositeurs se retrouvent dans d’innombrables films et émissions de télévision.

Les auteurs-compositeurs du Canada ont aussi écrit et coécrit des succès monstre pour les autres dans une grande variété de genres, et leur réussite sur la scène mondiale continue de croître. Prenez « Rhythm of My Heart » de Rod Stewart,  coécrite par Marc Jordan et John Capek, choisie pour inaugurer les Jeux 2014 du Commonwealth en Écosse; « You Raise Me Up » de Josh Groban,  coécrite par Thomas « Tawgs » Salter; « Rich Girl » de Gwen Stefani, coécrite par Chantal Kreviazuk, qui a également coécrit avec ses confrères de la SOCAN Adam Messinger et Nasri Atweh de MAGIC! « Feel This  Moment », un succès mondial de dance interprété par Pitbull et en vedette Christina Aguilera. Le très fier membre de la SOCAN Stephan Moccio a coécrit l’un des plus grands succès à travers le monde, « Wrecking Ball » de Miley Cyrus.

À en juger par le collectif d’auteurs que j’en suis venu à connaître – et parfois à interviewer en tant que rédacteur pigiste pour diverses publications, dont Words + Music de la SOCAN – il n’y a aucune raison de croire que notre influence fléchira dans les années à venir. Au contraire, le nombre de membre auteurs-compositeurs de la SOCAN qui ont reçu des redevances de l’extérieur du Canada a doublé de 2007 à 2012.

Faut-il encore démontrer que les auteurs-compositeurs canadiens sont les meilleurs au monde? Allez ce soir dans l’un de vos établissements locaux qui présente de la musique en direct et écoutez-les. Écoutez leur musique. Absorbez leurs paroles. Et soyez heureux de vivre dans une pays qui déborde des meilleurs talents en chanson au monde.