Monthly Archives: mars 2015

Tout commence par une chanson

Songwriting_3_CST publié 03/25/2015

Par Chad Richardson

Si les chansons étaient de la bouffe, je serais en bien moins bonne forme que je le suis. Si les chansons étaient de la bouffe, je serais un participant régulier de l’émission Qui perd gagne et, chaque fois, on me verrait marcher, tête basse, vers le pèse-personne, les yeux de mon entraîneur pleins de couteaux (à steak, bien sûr!). Mais malgré cela, j’aurais un le ventre plein et un sourire au visage.

Même si je suis un auteur-compositeur et membre de la SOCAN depuis (presque) toujours, ma vraie passion a toujours été le chant. Que ce soit dans un studio d’enregistrement ou sur scène à Broadway, la chanson m’anime. Cela dit, depuis quelques années, j’ai tranquillement délaissé le côté performance pour m’intéresser à l’aspect commercial, et c’est alors que j’ai réalisé que mon amour du chant prenait racine non pas dans l’action de chanter mais dans les paroles et les mélodies qui sortent de ma bouche. Ces mots et ces notes sont ma nourriture, ils sont — après mon jeune fils — ma raison d’être.

Vous comprendrez que lorsque j’ai vu un appel à tous demandant qui souhaitait écrire un billet de blogue sur le thème «Tout commence par une chanson», j’ai immédiatement sauté sur l’occasion. Après tout, avec un titre comme ça, le billet s’écrirait pratiquement tout seul. «Donnez-moi le week-end», ai-je dit naïvement. Mais les minutes se sont transformées en heures, puis en jours, puis en semaines. C’était beaucoup plus difficile que je l’avais anticipé. Pourquoi? Parce que le titre dit tout. Je me sentais comme si tout ce que je pouvais ajouter c’était « Ouaip, c’est vraiment vrai ».

On dit des odeurs qu’elles sont le sens le plus étroitement associé à la mémoire, qu’elles ont le pouvoir de nous ramener instantanément dans le temps et provoquer toute une gamme d’émotions: tristesse, joie, anxiété, peur, douleur, bonheur, jalousie, et j’en passe… Ce n’est pas un hasard si la première danse lors d’un mariage est traditionnellement la chanson qu’on associe au moment où les mariés sont tombés amoureux. Les paroles de la chanson racontent leur histoire d’amour et chaque fois qu’ils entendent cette chanson, ils sont immédiatement transportés dans ce petit café où leurs regards se sont croisés pour la première fois. J’ai compris, donc, qu’il n’y a là rien de simple et qu’il s’agit en réalité d’un sujet complexe et vaste qui pourrait faire l’objet d’un billet de blogue pour chacun des moments de notre vie qui commence par une chanson.

J’avais besoin de me recentrer et de me concentrer. Toutes ces pensées, ces émotions et ces moments d’inspiration se bousculaient dans ma tête, complexifiant ce qui aurait pourtant dû être simple. Je cherchais une approche qui parlerait à mes amis et collègues de l’industrie, et c’est à ce moment que j’ai eu une épiphanie: j’allais me pencher sur le sens du mot «tout» dans «Tout commence par une chanson». Dans notre cas, ce «tout» c’est notre carrière, notre gagne-pain, notre vie. Éditeurs, artistes, maisons de disques, impresarios, avocats, promoteurs… Aucun d’entre-nous n’aurions un emploi — ni même une raison de nous lever le matin — si ce n’était de ces belles, que dis-je, magnifiques, et aussi complexes que simples… chansons. Elles sont une chose incroyable qui apparaît de nulle part. Aucun assemblage requis.

Tout au long de ma vie, j’ai visité — et parfois travaillé pour — des entreprises qui avaient plus l’atmosphère d’une banque que d’un lieu de création. Les gens ne pensaient qu’à l’argent, pas à la musique. Je suis très heureux, tant pour moi-même que pour nos membres, de pouvoir vous dire que la SOCAN ne pourrait être plus loin de cette façon de voir la musique. La SOCAN est une organisation musicale qui travaille avec de l’argent, VOTRE argent. Sans nos membres, nous ne sommes rien. Mais sans leurs chansons, nos membres ne sont rien.

Tout au long de ma vie, j’ai suivi un adage simple qui ferait un excellent slogan pour un t-shirt: «Au service de la chanson, des créateurs et de la compagnie». Si l’on rend justice à la première, les étapes suivantes se mettent en place d’elles-mêmes et elles prospèrent toutes. Donc, en fin de compte, nous n’avons qu’à être au service de la chanson.

Nous devrions tous être au service de la chanson. Il ne fait aucun doute que la SOCAN est une organisation remplie de gens extrêmement talentueux qui identifient, perçoivent et redistribuent des centaines de millions de dollars en redevances à ses membres auteurs, compositeurs et éditeurs chaque année. Mais il ne faut jamais oublier que pas un téléphone ne sonnerait, pas un chèque ne serait émis, sans la magie d’une chanson. Voilà pourquoi il est non seulement important mais fondamental et vital pour la SOCAN de soutenir ses membres d’un point de vue commercial, mais également du point de vue de la créativité. Nous cherchons continuellement à améliorer nos pratiques commerciales, mais également à accroître notre rôle dans le soutien à la création.

C’est facile pour moi d’écrire ces mots. À tout le moins, puisque j’ai eu le loisir de prendre des semaines pour y réfléchir, c’est facile pour moi d’avoir l’air d’avoir tout compris. Mais c’est justement ce que je veux dire: je n’ai pas tout compris. Les chansons sont ma nourriture, l’air que je respire et l’amoureuse qui ne me quitte jamais. Les chansons sont tout cela pour moi, et pourtant, je l’oublie parfois. Je me rends au travail, je rencontre des auteurs-compositeurs, on discute de leur carrière, de leurs objectifs, on leur donne des conseils sur le métier, et, à travers tout ça, on perd parfois de vue ce qui rend tout cela possible.

On le perd de vue jusqu’à ce que, un beau dimanche après-midi, je me suis rendu, en compagnie de mon magnifique fils de sept ans, voir un spectacle hommage à ABBA dans une salle de spectacle de North Hollywood. On gigote, on chante, on rit et lorsque les premières notes de Dancing Queen se font entendre, j’ai des frissons et des larmes coulent sur mes joues. Eh! oui, Dancing Queen m’a fait pleurer. C’est ÇA, le pouvoir d’une chanson, et j’ai écrit ce billet de blogue d’un trait dès que nous sommes rentrés à la maison…

Un rapport de la CISAC démontre que la musique est toujours aussi populaire

Business_ByTwobee_CST publié 03/9/2015

Par Eric Baptiste

CISAC, la confédération internationale des sociétés d’auteurs et compositeurs comptant 230 membres provenant de 120 pays, a récemment publié son rapport annuel sur les sommes perçues par ses membres. En tant que président du conseil d’administration de cette organisation, j’aimerais partager avec vous quelques-unes des conclusions que j’ai tirées de la lecture de ce document.

Malgré quelques réserves, dont notamment:

  • les taux de change inhérents à la devise de référence (l’euro) utilisée dans le rapport qui a un impact important et doit être pris en considération,
  • les données datant de 2013, puisque le rapport utilise des données avérées et non pas les projections établies par les sociétés,
  • le fait que tous les revenus destinés aux créateurs et aux éditeurs ne transitent pas nécessairement par ces systèmes de gestion collective (la synchronisation étant un bon exemple),
  • quelques rares organisations, par exemple HFA, aux États-Unis, ne sont pas membres de la CISAC et ne voient conséquemment pas leurs données incluses au rapport,

 certaines tendances se dégagent tout de même de ce rapport et méritent d’être soulignées.

La plus importante de ces tendances et que la popularité de la musique ne se dément pas (87% des sommes perçues), pas plus que la vigueur de sa monétisation — à l’exception des ventes d’enregistrements musicaux, tant physiques que numériques. Cela a de quoi nous inquiéter, bien entendu, puisque depuis les années 50, au moins, les enregistrements musicaux ont représenté une part importante des revenus des créateurs de musique et des entreprises telles que les maisons d’édition et les maisons de disque qui investissent dans le talent et le travail acharné de ces créateurs. Pourtant, malgré le déclin des droits mécaniques, les données financières ajustées pour le taux de change démontrent une croissance de 4,6% pour atteindre 7,8 milliards d’euros (un peu plus de 11 milliards de dollars canadiens).

Si on se penche sur les données par continent, les sommes perçues pour le compte des créateurs proviennent encore principalement des marchés traditionnels tels que l’Europe, l’Amérique du Nord, le Japon et l’Australie. Toutefois, le rapport 2015 indique qu’il y a du changement dans l’air. Bien que ces marchés traditionnels demeurent vigoureux et connaissent même une certaine croissance, les pays du BRICS, bien que les données financières soient somme toute basses, démontrent une forte croissance, tout particulièrement en Amérique latine. Cette tendance devrait se poursuivre et l’on devrait bientôt voir les sommes perçues en Chine augmenter de façon considérable.

Si l’on se tourne plutôt vers les secteurs qui ont généré ces redevances, comme c’est généralement le cas, le secteur des concerts de musique poursuit sa croissance et est conséquemment plus important que jamais pour les créateurs.

Un secteur dont on soupçonne moins la résilience est celui des médias traditionnels (radio, télé généraliste, télé spécialisée, etc.). On annonçait leur mort il y a quelques années, alors qu’on prédisait qu’ils allaient s’éloigner de la musique. Les pontifiantes prédictions ont un certain charme, mais la vérité se trouve dans les faits: la perception de droits d’exécution a atteint 6 milliards d’euros pour la toute première fois et la vaste majorité de ces redevances (45% du total!) sont provenues de la radio et de la télé. Les services numériques, tant musicaux (Spotify, Rdio, Deezer…) ou audiovisuels (p. ex., Netflix) semblent pour l’instant ajouter de la valeur au marché, et non pas miner les joueurs traditionnels.

Ce sont là d’excellentes nouvelles pour tous les créateurs et les entreprises qui les soutiennent, comme les maisons d’édition. Bien qu’il soit encore tôt pour se prononcer de manière définitive, cette situation semble respecter l’arc historique des industries du divertissement et des médias jusqu’à maintenant: ce n’est pas parce que les gens pouvaient acheter des CDs qu’ils ont cessé d’aller voir des concerts; la télé n’a pas trucidé la radio, les DVD et les Blu-Ray n’ont pas vidé les cinémas, et ainsi de suite.

Nous devons néanmoins demeurer aux aguets, parce que si, comme le faisait remarquer Jeff Zucker lorsqu’il était à la tête de Universal, «cette fois, c’est différent», nous pourrions voir les dollars analogiques se transformer en petite monnaie numérique.

D’ailleurs, seulement 5% des sommes perçues pour le compte des membres de la CISAC proviennent de sources numériques, mais cela laisse néanmoins place à un peu d’espoir: bon nombre de ces services ne sont pas encore offerts dans de nombreux pays, ils sont encore très «jeunes» et leurs parts de marché sont très petites.

Mais si les choses ne changent pas rapidement et que ces services numériques démontrent qu’ils peuvent générer de véritables revenus et non pas seulement d’impressionnantes évaluations boursières, les choses pourraient s’envenimer très bientôt.

Un monde sans canaux de télévision et peuplé uniquement de services par contournement (ou «over the top») facturés à raison de 10$ par mois ne suffira pas à soutenir la créativité audiovisuelle dont nous sommes actuellement les témoins alors que des séries télé acclamées sont produites partout à travers le monde, par exemple. Un monde où il n’y a plus de ventes d’enregistrements musicaux ni de radio — seulement des services en ligne financés par les ventes publicitaires — ne parviendra simplement pas à soutenir tout l’écosystème musical. Le compte n’y est tout simplement pas.

Malgré tout cela, comme le rapportait la CISAC pour l’année financière 2013 et la SOCAN pour l’année financière 2014, les créateurs musicaux et leurs éditeurs peuvent compter sur la force, le travail acharné et le succès financier de leurs organisations de droits musicaux en ces temps de profonds changements.