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Une crise, mais pas la fin d’une carrière

publié 05/30/2017

Par Unison Benevolent Fund

Le Fonds de bienfaisance Unison a commencé par une idée griffonnée sur une serviette en papier en 2009. Sous le choc d’un accident catastrophique qui a laissé un brillant musicien dans une situation désespérée, les vétérans de l’industrie de la musique Jodie Ferneyhough et Catharine Saxberg ont été témoins de l’incroyable compassion et de l’immense générosité de la communauté musicale canadienne, mais ils savaient qu’il était possible d’en faire encore plus pour offre un filet de sécurité aux membres de l’industrie qui se retrouvent en fâcheuse position. Huit ans plus tard, Unison est réellement devenu une ressource robuste pour les professionnels de l’industrie canadienne de la musique en situation de crise.

Tous les services offerts par Unison — counseling, soutien au mieux-être et aide financière d’urgence­sont offerts gratuitement et dans la plus grande discrétion. C’est pourquoi Unison est vraiment reconnaissante lorsqu’une personne témoigne publiquement de leur expérience et du rôle que l’organisation a joué dans leur vie. L’un des artistes qui l’a récemment fait est Kaleb Hikel, le compositeur et musicien derrière The Sun Harmonic. Nous vous présentons donc ses réflexions sur ce qui l’a mené vers Unison.

Comment avez-vous découvert le Fonds de bienfaisance Unison et que cherchiez-vous ?
On m’a recommandé Unison, un ami à moi qui est aussi dans l’industrie de la musique. On discutait pendant notre pause dîner de la douleur aux poignets que j’avais récemment commencé à ressentir tant à mon travail que lorsque je joue de la musique. À ce moment-là, je n’avais aucune idée de ce que ça signifiait et jusqu’où ça irait. On m’a diagnostiqué une tendinopathie au poignet gauche en août 2015 et deux mois plus tard au poignet droit. J’allais avoir besoin de soutien pour pouvoir quitter mon emploi et traverser la longue période de convalescence. Je savais que je n’arriverais pas seul à quitter mon emploi et cesser de jouer, écrire et enregistrer de la musique.

Quel soutien avez-vous reçu qui vous a été le plus bénéfique ?
J’ai passé tout mon temps à me concentrer sur la guérison des microtraumatismes répétés dont je souffrais aux deux poignets. Je me rendais dans une clinique de Toronto chaque semaine et Unison m’aidait à payer mes dépenses de base à la maison. Sans le soutien d’Unison, la seule autre option que j’aurais eue aurait été de démanteler mon studio et d’abandonner tous mes projets d’enregistrement. C’était une période très confuse.

Quelles ressources la communauté musicale canadienne aurait-elle pu fournir en soutien aux personnes qui se retrouvent dans des situations similaires à la vôtre ?
Je crois qu’il y a un certain tabou à parler de blessures ou de sacrifices mentaux ou physiques dans la carrière d’un musicien. On parle toujours d’inspiration, de transpiration et de détermination sur la scène musicale, mais notre corps et notre esprit paient pour tout ça. Je crois qu’il devrait y avoir plus de ressources afin de prévenir les blessures. Plus de présence aux conférences, festivals, en ligne, partout où se trouvent des musiciens qui n’ont pas encore subi de blessures.

Comment votre vie en tant que professionnel de l’industrie de la musique a-t-elle changé ou évoluée depuis que vous avez communiqué avec Unison.
Ma vie a régressé puis s’est réinventée et peut-être un peu revigoré depuis que j’ai communiqué avec Unison. Je suis passé d’une situation où je lançais mes projets autoproduits et partais en tournée d’un bout à l’autre du pays à celle de ne pas du tout pouvoir toucher mes instruments pendant trois mois entiers. Mon écriture a été grandement affectée, mais ironiquement, ça m’a inspiré, surtout que je ne pouvais qu’écrire et que je jouais très peu. Je ne suis pas encore officiellement remonté sur scène — je n’ai pas joué plus de trois chansons sur scène — depuis août 2015 alors que j’avais joué sur la plage à Grand Bend. J’espère remonter sur scène cette année afin de pouvoir partager toutes les émotions et les chansons que j’ai écrites durant cette longue, mais créative convalescence.

Des conseils ou des encouragements à transmettre aux gens qui songent à communiquer avec Unison ou un autre organisme du genre ?
Ce que j’ai trouvé le plus difficile c’est de prendre ça très au sérieux, très rapidement. Les luttes sont quotidiennes dans le domaine de la musique et dans la vie des musiciens indépendants, mais ma blessure s’est déclarée trop rapidement pour que je puisse planifier quoi que ce soit. J’ai dû me regarder dans le miroir et me dire, « ça pourrait être la fin de ta musique », afin de me convaincre qu’une pause valait mieux qu’une fin. J’encourage tous ceux qui sont sur le point de se blesser ou en convalescence de garder leur art à l’esprit. Continuez de créer, sans empirer votre blessure, bien entendu. Ce fut une des périodes les plus créatives de ma vie, et c’est quelque chose d’incroyablement positif qui est ressorti d’une période très négative de ma vie.

Pour en savoir plus sur les programmes gratuits et confidentiels offerts par Unison aux professionnels canadiens de la musique, ou pour faire un don, visitez le fondsunison.ca.

Drake : plus qu’un rappeur

publié 03/29/2017

Par Howard Druckman

Après les Grammy Awards 2017, où « Hotline Bling » a remporté le trophée de la meilleure performance rap/chantée et celui de la meilleure chanson rap, Drake a déclaré, sur les ondes de la radio OVO Sound d’Apple Music : « On me qualifie d’artiste noir, comme hier soir [aux Grammys], je suis un artiste noir… Apparemment, je suis un rappeur, même si “Hotline Bling” n’est pas une chanson rap ». Il se retrouve catalogué comme artiste rap même si « Hotline Bling » est réellement une chanson pop.

À tout dire, Drake a des goûts musicaux remarquablement éclectiques. Sur sa nouvelle « playlist » (qui est en fait un album) intitulée More Life, on peut entendre des échantillonnages de Lionel Ritchie (« All Night Long »), Earth Wind & Fire (« Devotion »), du DJ sud-africain Black Coffee (« Superman »), de l’artiste australien Hiatus Kaiyote (« Building a Ladder ») et même un petit extrait du thème musical du jeu vidéo Sonic the Hedgehog. Il y explore des genres musicaux tels que l’afrobeat, le grime, la musique arabe en plus de poursuivre son exploration des styles musicaux caribéens comme le dancehall, le trap et d’autres qu’il nous a présentés (ainsi qu’au monde entier) sur VIEWS.

Drake est un avide auditeur, et porte-étendard, de tous les styles musicaux. Prenez l’exemple de son travail de curateur pour l’accompagnement musical d’une exposition d’œuvres d’artistes afro-américains des 70 dernières années présentée par la galerie d’art Sotheby’s S|2 : on y retrouvait entre autres la pièce « 32-20 Blues » du pionnier du genre, Robert Johnson. Ce qui est encore plus étonnant, c’est que Drake affirme qu’il écoute cette chanson avant chacun de ses spectacles, parce que « c’est comme ça que je me prépare. »

Un autre bon exemple de cet éclectisme est l’échantillonnage qui est au cœur de « Hotline Bling », tiré d’une pièce de Timmy Thomas — « Why Can’t We Live Together? », le seul succès de cet artiste — parue en 1972, une chanson au tempo plutôt lent qui plaide pour la paix dans le monde. Drake serait tombé amoureux de cette chanson après que son bras droit et réalisateur Noah « 40 » Shebib lui ait fait découvrir. Dans une entrevue accordée à Nardwuar, qui lui a fait entendre un message de remerciement de Thomas, Drake a répondu : « je veux le remercier d’avoir fait cette incroyable musique du temps qu’il faisait de la musique. Et surtout d’avoir créé quelque chose d’intemporel, parce que c’est très difficile, et pas juste quelque chose qui vous touche encore des années plus tard, mais quelque chose qui est tellement bon qu’on peut en prendre un petit bout et faire quelque chose d’autre avec. Ça prend une création réellement exceptionnelle. »

Mais l’un des exemples les plus remarquables entre tous fut cette brève fuite en ligne d’une pièce où Drake chantait un couplet de la pièce « These Days » une ballade aussi triste que magnifique que l’auteur-compositeur-interprète Jackson Browne avait écrite pour la chanteuse de Velvet Underground, Nico, en 1967. Drake a fait équipe avec Babeo Baggins de Barf Troop afin de l’enregistrer pour un EP de reprises. « C’est bien simple, “These Days” est ma chanson préférée », avait alors déclaré Baggins au magazine Fader. « Je l’ai partagée avec mon ami qui ne l’avait jamais entendue avant. Il l’a beaucoup aimée, il a dit que c’était vraiment une grande chanson. » La version non autorisée de Drake a depuis belle lurette été retirée d’Internet et Baggins ne l’a pas publiée, mais vous pourrez tout de même entendre la version de 1973 par Nico ici.

Peut-être que c’est parce qu’il écoutait les disques dans la collection de son père, lorsqu’il était plus jeune. Peut-être qu’il a tout simplement l’esprit très ouvert, musicalement. Peut-être qu’il se lasse facilement et qu’il a constamment besoin d’explorer. Peut-être un peu de tout ça. Mais peu importe la raison, Drake est en contact avec toutes sortes de musique, et c’est pour cette raison que sa propre musique est si solide.

Pourquoi les auteurs-compositeurs canadiens sont-ils les meilleurs?

publié 12/1/2014

Par David McPherson

Un auteur-compositeur et ami a écrit : « La plupart de mes amis sont partis /  Leurs chansons, des dollars les ont remplacées ». Quand je pense aux auteurs-compositeurs canadiens, ces vers résonnent pour moi car la plupart, au contraire, n’ont pas abandonné. Bien sûr, bon nombre se sont trouvé un autre emploi (ou même deux) pour gagner de quoi vivre, mais la majorité continue d’avancer avec peine sur la route imprévisible et d’une carrière d’auteur-compositeur. Pourquoi? Comme un autre auteur m’a dit récemment : « Je ne sais rien faire d’autre. » Et la vie des Canadiens est bien plus riche grâce aux cadeaux qu’ils nous offrent par le biais de leurs paroles et de leur musique.

Nous connaissons les plus grands, tous membres de la SOCAN : Leonard Cohen, Bruce Cockburn, Luc Plamondon, Gordon Lightfoot, Serge Fiori, Joni Mitchell, Robert Charlebois, Gord Downie, Bachman & Cummings, Ian & Sylvia, Cuddy & Keelor et plus récemment, City & Colour, Tegan & Sara, Louis-Jean Cormier, Drake, Julien Mineau, Serena Ryder, Shad et deadmau5, parmi tant d’autres. Nous avons une foule de talents de la chanson dans notre pays. Plusieurs ont remporté des prix JUNO, de l’ADISQ et des prix SOCAN, certains ont été intronisés au Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens, d’autres ont été décorés de l’Ordre du Canada. Et pour chacun, il y en a des centaines de plus qui écrivent de magnifiques chansons. Rien d’étonnant que la SOCAN compte plus de 120 000 membres.

Qu’est-ce qui rend leurs chansons si belles? La fierté et la passion qu’ils mettent dans leur art. Leur habileté à nous raconter notre pays, à disséquer l’histoire de notre nation ou à démêler les éternels mystères du cœur et de l’âme canadienne. Je vois aujourd’hui de nombreux artisans de la chanson, hommes et femmes, jouer dans diverses salles de Toronto tous les soirs de la semaine, à essayer leur œuvre auprès de qui veut bien entendre. Une bonne chanson peut donner du courage dans des temps troublés, de la joie dans les moments de désespoir, faire réfléchir par ses paroles ou nous amener à chanter en cœur. On trouve une véritable quintessence d’hymnes canadiens : pensez à « Bird on the Wire » de Leonard Cohen, « Hasn’t Hit Me Yet » de Blue Rodeo, « Un Gars Ben Ordinaire » de Robert Charlebois, « Early Morning Rain » de Gordon Lightfoot, « Mon Pays » de Gilles Vigneault et « Both Sides Now » de Joni Mitchell, pour n’en nommer que quelques-uns.

C’est un cliché de dire que les auteurs-compositeurs canadiens sont en accord avec la nature à cause des grands espaces de notre pays, mais la racine de cette idée est pourtant vraie. Ces espaces, nos villes, nos durs hivers et nos été chauds façonnent notre personnalité nationale, et créent le genre de métaphores mémorables dans lesquelles tant de Canadiens se reconnaissent. Pensez à ces mots de Joni Mitchell : « Je rêve d’une rivière sur laquelle je pourrais patiner », tirés de sa chanson « River », de l’immensité du pays qu’ont dépeint Ian & Sylvia dans « Four Strong Winds », ou à la neige qui tombe dans les eaux profondes et silencieuses du Lac Ontario dans « Hasn’t Hit Me Yet » de Blue Rodeo. Qui aurait pu mieux saisir l’essence des grands froids du Nord que Stan Rogers dans « Northwest Passage »? Ou le plaisir de vivre dans une ville de manufacture canadienne mieux que Stompin’ Tom Connors dans « Sudbury Saturday Night »? Ou les vagabondages de la route au retour d’une grande ville vers son village natal mieux que les Guess Who dans « Running Back to Saskatoon »?

Les auteurs-compositeurs canadiens ne craignent pas non plus les chansons politiques et engagées. Les exemples sont innombrables. La chanson contre la guerre « Universal Soldier » de Buffy Sainte Marie, qui a été un succès pour l’auteur-compositeur et interprète britannique Donovan dans les années 60; « If I Had a Rocket Launcher » de Bruce Cockburn qui exprime toute l’impuissance de l’action politique; « Wheat Kings » de Tragically Hip qui raconte l’histoire de David Milgaard, accusé à tort d’enlèvement et de meurtre, puis libéré après avoir passé vingt ans en prison; et « Wavin’ Flag » de K’NAAN un hymne d’espoir et d’inspiration pour les peuples opprimés.

Des artistes des quatre coins du monde ont enregistré des chansons nées du talent de nos auteurs-compositeurs. Par exemple, « Hallelujah » de Cohen est l’une des chansons les plus reprises dans l’histoire, ayant été enregistrées plus de 300 fois. Les chansons de Lightfoot – qui ont remporté quinze prix Classiques de la SOCAN, parmi de nombreuses autres réalisations – ont été reprises par Elvis Presley, Barbra Streisand, Johnny Cash, Sarah McLachlan et Bob Dylan, qui considère Lightfoot comme l’un de ses auteurs-compositeurs préférés. Les chansons de nos auteurs-compositeurs se retrouvent dans d’innombrables films et émissions de télévision.

Les auteurs-compositeurs du Canada ont aussi écrit et coécrit des succès monstre pour les autres dans une grande variété de genres, et leur réussite sur la scène mondiale continue de croître. Prenez « Rhythm of My Heart » de Rod Stewart,  coécrite par Marc Jordan et John Capek, choisie pour inaugurer les Jeux 2014 du Commonwealth en Écosse; « You Raise Me Up » de Josh Groban,  coécrite par Thomas « Tawgs » Salter; « Rich Girl » de Gwen Stefani, coécrite par Chantal Kreviazuk, qui a également coécrit avec ses confrères de la SOCAN Adam Messinger et Nasri Atweh de MAGIC! « Feel This  Moment », un succès mondial de dance interprété par Pitbull et en vedette Christina Aguilera. Le très fier membre de la SOCAN Stephan Moccio a coécrit l’un des plus grands succès à travers le monde, « Wrecking Ball » de Miley Cyrus.

À en juger par le collectif d’auteurs que j’en suis venu à connaître – et parfois à interviewer en tant que rédacteur pigiste pour diverses publications, dont Words + Music de la SOCAN – il n’y a aucune raison de croire que notre influence fléchira dans les années à venir. Au contraire, le nombre de membre auteurs-compositeurs de la SOCAN qui ont reçu des redevances de l’extérieur du Canada a doublé de 2007 à 2012.

Faut-il encore démontrer que les auteurs-compositeurs canadiens sont les meilleurs au monde? Allez ce soir dans l’un de vos établissements locaux qui présente de la musique en direct et écoutez-les. Écoutez leur musique. Absorbez leurs paroles. Et soyez heureux de vivre dans une pays qui déborde des meilleurs talents en chanson au monde.