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Les relations publiques en temps de manif

publié 10/1/2020

Par Dalton Higgins

Ces derniers mois sont loin d’avoir été ordinaires pour moi. En tant que propriétaire afro-canadien d’une des plus entreprises de relations publiques les plus en vue au Canada qui se spécialise dans la musique Noire (rap, R&B, électronique), j’ai été aux premières loges — bien avant les manifestations, les carrés Noirs et les mots-clics — d’innombrables et dégoutants gestes racistes anti-Noirs qui vous feraient tourner la tête comme une hélice d’hélicoptère. Ici même. Au Canada. Dans la « multiculturelle » Ville Reine, Toronto.

Parler de racisme structurel et systémique au Canada signifie prendre le temps de regarder autour de soi, regarder les faits (pas les émotions) et observer les mesures concrètes d’équité — comme la représentativité — en place. Aucune donnée concrète n’est (pour l’instant) colligée au Canada afin de déterminer la cote des entreprises canadiennes de l’industrie de la musique et des relations publiques lorsque vient le temps d’embaucher et de retenir des employés Noirs. Les États-Unis sont toujours loin devant nous au chapitre des données raciales. Selon Data USA, à peine 7,15 % des publicitaires sont Noirs (non hispaniques).

Mais pas besoin de statistiques pour le voir. Notre industrie n’est pas si grande. Allez dans n’importe quel gala de prix, colloque, festival de musique et autres conférences, et vous verrez comme moi que notre présence est minime, voire inexistante. Jessie Reyez, lauréate de plusieurs prix JUNO et qui n’est pas Noire, a tellement été choquée par le manque de représentation Noire dans les principales maisons de disques canadiennes qu’elle a énuméré, dans le cadre de l’émission spéciale Change and Action : Racism in Canada, diffusée par CTV, la liste des pourcentages incroyablement bas d’employés Noirs employés par ces entreprises avant de dire que « ça n’est pas acceptable. »

Et comme le nombre d’entreprises de gestion d’artistes, de tourneurs, d’avocats du divertissement, de directeurs musicaux et de la programmation, de promoteurs, de propriétaires de salles, etc., est ridiculement bas dans l’industrie du divertissement au Canada et étant donné que ces postes ont une relation naturellement symbiotique — p. ex., « 65 pour cent de ma clientèle arrive par le bouche-à-oreille » —, il n’est pas difficile de voir que les dés sont pipés.

J’ai toujours été en faveur de la notion qu’il faut « construire ses propres chances » et être propriétaire de son entreprise — les « entrepreneurs en série » ont une certaine façon de faire les choses —, mais c’est surtout dû au fait que j’ai grandi en lisant au sujet des exploits du regretté titan des affaires Marcus Garvey qui insistait que les gens de la communauté Noire doivent être propriétaires de leurs entreprises, de leur immobilier et de leurs moyens de production et de distribution afin de vivre une existence plus épanouie.

Par ailleurs, il est indéniable que si je n’avais pas été un acteur de longue date dans les médias au Canada et aux États-Unis, mon entreprise serait morte il y a longtemps. Je ne mentirai pas. Nos services sont très demandés au cours des cinq dernières années, et c’est peut-être dû au fait que nous produisons des résultats pour nos clients et, souvent, nos devons travailler cinq fois plus que notre concurrence. (Bon nombre de jeunes Noirs se font dire par leurs parents que le racisme anti-Noir signifie qu’ils doivent 10 fois meilleurs que les blancs et qu’il se pourrait quand même qu’ils reçoivent la moitié moins de résultats.) Et je ne parle pas de la concurrence provenant d’autres boîtes de relations publiques.

Le périple d’un publicitaire Noir au Canada, c’est d’être assis, impuissant, pendant qu’une pléthore d’artistes rock, indie rock, country et folk médiocres reçoivent plus d’attention de la part des médias locaux que certains de nos artistes rap, R&B et électronique de calibre mondial. Ironiquement, ils attirent énormément d’attention de la part de médias majeurs aux États-Unis — Billboard, SPIN, Hypebeast —, sans parler du fait qu’ils ont plus d’écoute sur les plateformes de diffusion en continu, plus d’abonnés sur les réseaux sociaux et qu’ils sont généralement plus cools.

La domination totale de la musique Noire contemporaine (c.-à-d. le rap et le R&B) au chapitre des diffusions en continu et des ventes est aux antipodes de la couverture médiatique qu’on lui accorde au Canada. C’est le proverbial éléphant rose dans la pièce. Si les médias musicaux étaient une réelle méritocratie basée sur les ventes, la culture des jeunes, la pénétration du marché, le potentiel de croissance, le facteur « cool » et toutes les autres mesures de ce qui est pertinent et in dans le domaine de la musique, on entendrait et verrait beaucoup plus d’artistes Noirs à la télé, à la radio, dans les journaux et les magazines et sur les blogues. Ce qui n’est pas le cas au Canada.

Je ne parlerai même pas des microagressions que j’endure quotidiennement pendant que je dirige mon entreprise et que je fais mon boulot. Y a-t-il une raison pourquoi les employés de soutien (ou les gardiens de sécurité) dans les entreprises médiatiques qui retiennent nos services me demandent systématiquement – et de manière clairement méfiante – « est-ce que je peut faire quelque chose pour vous aider ? » quand j’arrive dans leur lobby, sous-entendant que je n’y suis pas à ma place même si c’est évident que je suis là pour une réunion ou pour aider mon client ? Si j’étais blanc, c’est clair qu’ils ne viendraient pas vers moi en me posant des questions aussi idiotes. Peut-être que la prochaine fois qu’on me demandera « est-ce que je peux vous aider ? », je vais répondre « Hhhmmm, oui, vous pouvez m’aider en vous ôtant de mon putain de chemin pour que je puisse aider mon client qui est finaliste aux Grammy/lauréat de prix JUNO/au sommet du palmarès des ventes, s’il vous plait, et merci. »

En tant que publicitaire Noir, je dois malheureusement passer — perdre ! – un temps incalculable à éduquer les gens sur la race, l’ethnicité et l’histoire de la musique. Mais le fait que je suis Noir ne signifie pas que je ne représente que des artistes Noirs. Je représente les intérêts d’artistes blancs, asiatiques, autochtones, sud-asiatiques et latino-américains, et tout ça parce qu’il y a, depuis une vingtaine d’années, beaucoup d’hybridation. La plupart des bons musiciens contemporains, peu importe leurs désignations culturelles et raciales, ne croient pas aux vases clos des genres musicaux.

Et de toute façon, la musique et la culture Noire influencent les créations de tout le monde. C’est vrai depuis toujours. D’où croyez-vous que le « Roi du Rock “n’ Roll » a puisé son inspiration, son style de jeu à la guitare et ses pas de danse ? Vous n’allez pas me dire que vous ne connaissez pas Bo Diddley ? Il ne faut jamais oublier que l’habit ne fait pas le moine, comme je l’ai appris très vite après avoir travaillé pendant quelques années dans la scène musicale soi-disant « musique du monde ». C’est la scène musicale sans doute la plus problématique lorsque vient le temps de gérer ses problématiques de racisme, de représentativité, de colonisation et d’autres pratiques d’embauche douteuses, mais j’y reviendrai dans un autre texte.

Que réserve l’avenir aux professionnels de mon genre ? Nous voulons essentiellement n’avoir rien à faire avec « l’ancienne garde ». Pourquoi ? Parce que rien ne nous ennuie plus que l’homogénéité. De toute façon, bien honnêtement, je préfère de loin mettre temps et efforts à bâtir une nouvelle garde plus intéressante et représentative de nos réalités démographiques et musicales contemporaines. Malgré ce que font certains des derniers « cerbères » (on vous voit), les styles musicaux qu’ils soutiennent sont en train de mourir de leur belle mort. Et ce que j’écris ici n’a rien à voir avec ce déclin. C’est à cause des gens. Les consommateurs de musique. Ils veulent plus de hip-hop, de R&B, d’Afrobeat, de musique électronique. Peut-être que nous vivons sur la planète hip-hop et vous aussi.

Mais malgré tous ces irritants anti-Noirs dans l’industrie, je vais continuer de travailler avec mes talentueux clients afin de faire connaître leur histoire. Je tire encore la plus grande satisfaction de réussir un bon coup dans les médias pour mes clients, qu’ils soient des vedettes ou pas. Et c’est vrai que vous allez continuer à me voir faire la fête avec mes clients en émergence autant que ceux qui sont des célébrités. Même pendant que Paris brûle.

À propos de Dalton Higgins

Les « affaires musicales »

publié 08/29/2019

Par Widney Bonfils

Depuis mon arrivée à la SOCAN, j’ai eu l’opportunité de rencontrer de nombreux auteurs et compositeurs émergents. Un de leurs points communs est cette volonté profonde de « réussir » dans l’industrie musicale. Ce désir de partager leur art me fascine, tant par le courage qu’il demande, mais aussi pour cette passion contagieuse qu’ont ces artistes en devenir.

Au fil de discussions captivantes, je me suis cependant aperçu que beaucoup n’avaient aucune idée de ce dans quoi ils s’apprêtaient à plonger. Je me suis rendu compte que beaucoup d’entre eux n’évaluaient absolument pas la charge de travail et les connaissances nécessaires afin de naviguer dans cette industrie. L’idée de dire que « je veux juste faire de la musique » est à mon avis complètement obsolète et ridicule. Comment peut-on prétendre réussir dans une industrie que l’on ne comprend pas? Imaginez-vous un aspirant banquier qui ne comprendrait pas la base de l’économie ou de la finance? C’est la même chose en musique. Faire de la bonne musique est la bonne porte d’entrée, mais ne garantit en rien un quelconque succès.

La première question que devrait se poser quelqu’un qui aspire à ce milieu est la suivante : est-ce pour moi un hobby ou est-ce que je veux tirer profit de mon art? Cette question est cruciale, car elle déterminera le futur de celui ou celle qui aspire à gagner sa vie dans cette industrie. Car faire carrière dans la musique demande bel et bien un profil d’entrepreneur. Et comme toute entreprise en démarrage, il faut faire les choses par étape et ne pas vouloir aller trop vite. Voici quelques points de réflexion qui, je l’espère, pourront aider à mieux cerner les bases de cette industrie.

L’importance de s’informer

L’ignorance n’a jamais été, n’est pas, et ne sera jamais sexy. L’idée de dire qu’on fait de la musique et qu’on n’a pas besoin de comprendre la partie business est complètement folle, voire irresponsable. On ne va pas faire de l’escalade sans équipements. De la même manière, on ne n’entre pas dans cette industrie sans s’équiper des bases. En gros, voici quelques notions, qui à mon sens sont essentielles à une bonne compréhension du milieu en général :

  • Les droits d’auteurs (mécaniques, performance…)
  • Les sociétés de gestion et leurs responsabilités (SOCAN, RE:SONNE…)
  • Les modes de financement et les institutions qui supportent l’industrie musicale (Musicaction, Factor, CALQ, CAC…)
  • Les différents intervenants en musique et leurs responsabilités (labels, éditeurs, agents de spectacles…)
  • Les plateformes de diffusion et leur fonctionnement

C’est la responsabilité de l’entrepreneur musicale de comprendre ces notions, car une fois comprises, il ou elle pourra cerner ses besoins et commencer à se bâtir une équipe.

Bien s’entourer, mais rester maitre de son bateau

Au fil des discussions et des rencontres, j’ai pu constater un réflexe qu’ont beaucoup d’auteurs et compositeurs émergents : cette volonté de se trouver un gérant, un éditeur ou un label sans comprendre le rôle et les différences entre ces intervenants et sans avoir pris le temps d’évaluer leurs propres besoins. Il ne faut pas s’étonner de se retrouver dans des situations compromettantes par la suite. En revanche, une fois ces notions comprises et les besoins identifiés, je crois fondamentalement en l’importance de se bâtir une équipe. On ne peut certainement pas tout faire seul. Avoir la bonne équipe peut permettre à l’auteur de pouvoir se concentrer sur ce qu’il préfère , la musique, tout en étant assuré que la partie business est entre de bonnes mains. Cela passe néanmoins par une compréhension préalable des notions que nous avons exposées précédemment. Je pense que l’artiste est au cœur du projet et est aussi le CEO de son équipe et du projet bâti autour de lui ou elle.

Savoir gérer le rejet et avoir le courage de poursuivre ses rêves

Beaucoup abandonnent, car ils se rendent compte de la difficulté du milieu. Beaucoup d’appelés, peu d’élus. Ces individus n’étaient pas prêts ou du moins voyaient ce hobby comme une profession. L’industrie musicale est une des plus gratifiantes, mais aussi une des plus frustrantes. Avant de pouvoir goûter au succès, il faut être prêt à endurer beaucoup de rejets, ce qui n’est pas chose facile. Même quand on a réussi, il faut apprendre à gérer ce succès; d’où l’importance de bien s’entourer. Le stress mental que peut représenter le fait d’être tout le temps sollicité peut rapidement devenir problématique psychologiquement si on ne sait pas le gérer.

À mon avis, une fois qu’on a pris conscience de son talent et surtout qu’on a pris la décision d’en vivre, s’installe une responsabilité de partage. Je crois fondamentalement à la puissance de la musique. Elle nous rassemble, nous motive, nous guérit… Cette partie intégrante de la culture est cruciale pour l’humanité tant elle fait partie de nos vies. Je crois aussi à l’importance de nos artistes et suis attristé de voir certains abandonner une carrière de manière prématurée. Ce n’est pas un métier facile. Comme je le mentionnais, savoir conjuguer avec le rejet, la déception et les difficultés financières du début n’est pas évident. Il faut s’accrocher, car ça en vaut la peine.

Comme toute industrie, l’industrie musicale fonctionne par palier. Oui, les grands noms de ce monde, tels que les Drake, The Weeknd ou autres sont vus comme étant des artistes à succès faisant des millions par année. Mais beaucoup d’artistes vivent plus que convenablement de leur art. Pour moi, c’est ça le succès.

 

Survivre à un « non »

publié 12/13/2016

Par Savannah Leigh Wellman

L’impact positif des programmes de développement artistiques sur la scène musicale canadienne — bourses et concours de toute sorte — est indéniable. Les artistes qui se donnent la peine de comprendre cette industrie voient rapidement leur musique non seulement comme une forme d’art, un passe-temps ou une prise de risque, mais également comme une entreprise viable à l’intérieur de laquelle ils peuvent apprendre à utiliser certains outils pour bâtir leur carrière. Le financement accordé à un artiste est immédiatement réinvesti dans leur industrie. Les programmes comportant un volet de mentorat ou de rencontres professionnelles offrent des occasions inestimables de rencontrer des « initiés » et de créer des contacts qui, vraisemblablement, en d’autres circonstances, n’existeraient pas. Être sélectionné pour un programme ou une bourse est presque toujours un coup de pouce inespéré et un « boost » pour la confiance d’un artiste.

Mais que se passe-t-il lorsque le fait d’être laissé à l’écart de ces occasions provoque l’effet contraire : découragement et doute chez des personnes souvent déjà passablement autocritiques ? Cela peut créer des divisions au sein même de la communauté que ces programmes visent à soutenir, ou entraîner des jugements ou des sentiments que tout est dû à certaines personnes. Loin de dire que ces programmes ne devraient pas exister — ils jouent un rôle crucial dans les carrières des artistes émergents, rôle que les maisons de disques ne peuvent généralement plus remplir. La question se pose alors : comment pouvons-nous aider ces artistes rejetés à ressortir grandis de cette expérience, plutôt qu’abattus ?

Quiconque a déjà travaillé avec un artiste comprend qu’un esprit créatif est souvent un esprit sensible, et c’est précisément cette sensibilité qui rend un artiste intéressant pour son auditoire et ce qui lui confère sa perspective unique sur la condition humaine. Lorsque votre produit est si intime et personnel, les critiques peuvent paraître d’autant plus acérées, et les artistes en début de carrière n’ont pas toujours acquis les mécanismes de défense de leurs pairs plus expérimentés. Ils n’ont pas encore de légions d’admirateurs leur envoyant des messages de soutien ou des succès sur lesquels s’appuyer pour se rassurer, tout comme ils n’ont souvent pas encore d’agents ou d’équipe pour les aider à garder un esprit positif. Pour un artiste qui tente de percer seul, des blessures à la confiance en soi peuvent avoir des conséquences bien réelles.

D’abord, demandons-nous pourquoi le fait de ne pas être sélectionné pour un programme ou un autre est perçu comme une critique. Comment se fait-il qu’un artiste ne puisse pas simplement faire fi d’un refus et passer à un autre appel ? Je crois que c’est attribuable au fait que lorsque l’on met sa musique en jeu afin qu’elle soit jugée, critiquée et évaluée, il est pratiquement impossible de ne pas en faire une affaire personnelle. On se sent comme si quelqu’un examinait tout ce que nous nous sommes désâmés à créer pour ensuite décider que c’est sans valeur, alors qu’en réalité c’est tout simplement qu’il n’y a pas assez d’argent, de places dans la vitrine ou de prix à attribuer à tous ceux qui le méritent.

La chose la plus importante à garder à l’esprit lorsque vous mettez votre musique en jeu d’une manière ou d’une autre, c’est que l’art est intrinsèquement subjectif. Même s’il existe des lignes directrices pour en mesurer certaines composantes plus concrètes (une mélodie puissante, une réalisation professionnelle, des paroles captivantes), tout se résume, en fin de compte, à l’opinion d’un individu. D’ailleurs, l’industrie de la musique a-t-elle jamais été unanime sur ce qui est bon ou non ? Ce n’est pas parce qu’un petit groupe de personnes qui ont un pouvoir décisionnel sur votre demande ont jugé que votre musique n’était pas meilleure que celle qu’ils ont écoutée juste avant qu’un autre groupe sera du même avis.

Certains programmes offrent également des commentaires aux participants qui le désirent, et cela peut être fort utile pour avancer et s’améliorer. Tout est une question de savoir prendre les choses avec un grain de sel et, lorsque vous êtes d’accord avec certaines de ces suggestions, allez-y ! Suivez-les.

D’autres fois, plutôt que de provoquer de l’insécurité, un « non » va déclencher des sentiments de colère et une réaction défensive. « Mais j’ai fait ceci, et je mérite cela ! »  Ou encore un réflexe de comparaison : « Mais pourtant j’ai fait ceci, et pas eux ! » Ces états d’esprit engendrent de la négativité et de la compétitivité au sein d’une scène musicale, et ils peuvent même créer de la jalousie et du ressentiment envers des artistes qui autrement méritent tout notre soutien. Il est important de se souvenir que tout le monde trime dur et que le succès des autres n’enlève rien au vôtre.

Si vous êtes préoccupé pour une question de procédure ou de politique, que vous souhaitez vous assurer que certaines normes sont respectées, ou que les processus sont transparents et accessibles, il est avisé d’en discuter avec la personne responsable. Il est toutefois crucial de présenter vos arguments de manière impartiale et rationnelle et non pas comme une défense basée sur vos émotions. Ne mettez pas l’accent sur le fait que vous n’avez pas été retenu, mais sur la directive ou la politique qui vous semble contre-productive, ainsi qu’à d’autres artistes.

Nous avons une chance inouïe de vivre dans un pays comme le Canada qui soutient l’art et la culture ; c’est unique au monde. Et même si c’est parfois décourageant de faire des demandes de soutien et de ne pas être retenu, il est important de ne pas perdre de vue que la vraie raison pour laquelle vous avez commencé à faire de la musique : il y a fort à parier que votre objectif n’était pas de gagner des concours ou enregistrer des albums, mais seulement si quelqu’un d’autre en assumait les frais.

Tous les musiciens ont leurs histoires de rejet, mais ce sont ceux qui persévèrent qui ont les meilleures chances d’avoir une carrière couronnée de succès.

 

Savannah Leigh Wellman fut, pendant huit ans, directrice des programmes à la Music BC Industry Association et est elle-même artiste sous le nom de scène de SAVVIE, en plus d’être cofondatrice de Tiny Kingdom Management & Artist Services.

La diffusion continue exige un nouveau modèle d’affaires

publié 11/5/2014

Par Terry McBride

La diffusion continue est l’avenir de la consommation de musique.

D’après les chiffres de Nielsen de 2013, la diffusion continue de musique a augmenté de 32 pour cent par rapport à l’année précédente à 118,1 milliards de diffusions. Dans l’ensemble, les ventes de musique ont fléchi de 6,3 pour cent à environ 1,5 milliard de pistes, d’albums et de vidéos. Les ventes numériques de musique (les téléchargements) ont également chuté, soit de 6 pour cent, environ au même rythme.

L’Association de l’industrie du disque d’Amérique du Nord (RIAA) a récemment annoncé que les revenus des services de diffusion continue de musique ont surpassé ceux des ventes de CD, et se situent à un cheveu des ventes totales de musique sur support matériel. La RIAA affirme également que la diffusion continue représentait désormais 27 pour cent des revenus de l’industrie du disque dans la première moitié de 2014, contre 20 pour cent l’année précédente.

Environ 35 pour cent des revenus de ma maison de disques, Nettwerk Records, proviennent déjà de la diffusion continue, et cette proportion ne fera qu’augmenter dans les années à venir.

Lorsque la musique est diffusée en ligne, les auteurs-compositeurs en Amérique du Nord sont actuellement en grande majorité sous-payés pour la musique qu’ils créent, des fractions de millième de cent pour chaque diffusion continue (bien que, comme  le chef de la direction de la SOCAN Eric Baptiste l’a souligné dans le dernier blogue de la SOCAN, il y ait des raisons à cela). Il en va généralement de même pour les interprètes et les petites maisons de disques dont la musique est diffusée en ligne. C’est pourquoi la diffusion continue ne compense pas le déclin des ventes matérielles et des téléchargements en Amérique du Nord.

La solution à ce problème pour les compagnies de disques est de demander un pourcentage des revenus gagnés par les entreprises de diffusion continue au lieu d’un pourcentage « par écoute » (ou dans ce cas, « par diffusion »). La solution doit également créer des accords équitables entre les étiquettes et leurs artistes leur assurant d’être correctement rémunérés après de telles négociations.

Il y a une bonne part de résistance générationnelle à cette idée. Les générations passées croient fermement que les taux de rémunération sur les enregistrements doivent être établis par un organisme de réglementation gouvernemental. Mais dans le monde en ligne, où les frontières ont de moins en moins de signification, où une chanson peut être diffusée à une seule personne au lieu de l’être à des centaines de milliers comme à la radio, et où les revenus des entreprises de diffusion continue sont écrasés par de nombreux autres beaucoup plus importants comme ceux des médias traditionnels comme la télévision et la radio, le seul moyen concret d’avancer est d’abandonner la réglementation fondée sur les fractions de cent et de négocier des accords de pourcentage directement avec les sociétés de diffusion continue. En plus du paiement pour accéder à leur musique, les grandes étiquettes de disques tirent déjà des revenus des entreprises de diffusion continue de musique.

Cette approche peut fonctionner. En fait, elle le fait déjà. Les pays nordiques européens constatent une croissance de la diffusion continue de musique, et leurs artistes y trouvent une part importante de leur gagne-pain. L’industrie norvégienne du disque constate que les revenus de la diffusion continue étaient en hausse de 66 pour cent dans la première moitié de 2013. Les revenus de la diffusion continue représentent les deux tiers des revenus totaux de la musique en Norvège. Il en va de même en Suède, en Finlande et au Danemark. L’industrie musicale de la Suède a repris un taux de croissance dans les deux chiffres, même si environ 90 pour cent de la musique consommée dans ce pays provient de la diffusion continue.

En comparaison, si le principe de la fraction de cent ne disparaît pas un jour ou l’autre, l’industrie du disque nord-américaine continuera de reculer chaque année à un rythme de cinq à six pour cent. En fait, l’une des raisons qui ont permis à Nettwerk de prospérer face à ce déclin continu est que 90 pour cent de ses recettes proviennent de l’extérieur du Canada.

Les signes sont là. Il faut abandonner les vieilles façons de faire. L’industrie du disque doit avancer, et rapidement en plus, pour s’adapter à la nouvelle réalité de la diffusion continue de musique.

Les points de vue exprimés dans cet article et les autres commentaires qui figurent dans ce blogue ne sont pas nécessairement ceux de la SOCAN.